Mes amis,
J’ai réussi !!!
La mission était ardue mais j’ai réussi. J’en sais enfin un peu plus sur l’homme solaire !
Pour l’instant, toutefois, je dois vous laisser car je pars me faire chouchouter dans une baignoire rien que pour moi. L’extase….. !
Je vous raconterai tout une fois lavé et séché.
Bon mercredi, mes amis !

Cher journal, chers lecteurs, chère Judith, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle, irradiante Fonelle, charmante Steph’, douce Sibille, discrète Audrey et délicate Satine,
Comme je le disais à Miss Glitzy, la penderie est en liesse depuis hier midi : le cachemire beige est passé à la machine, embarqué par erreur avec une paire de draps peu recommandables. Il a eu beau clamer son innocence et rappeler son rang, le pauvre bougre a enfin compris ce qu’était de se faire rabattre le caquet à 60° dans les mêmes conditions qu’une vieille culotte. A la fin de sa détention, il est ressorti tout rabougri et dans un bien piteux état mental. Notre maîtresse n’a pas semblé trop s’émouvoir de son état si j’en juge par le léger « grumf » qu’elle a prononcé en le voyant. Depuis, il est pendu à un cintre épais et mon ami le petit gilet noir le prend en photo sous toutes les coutures pour l’immortaliser dans la Gazette de la Penderie.
En ce qui me concerne, je vous laisse. Je vais profiter de l’hilarité générale pour m’éclipser car je dois mettre un certain plan à exécution…
Cher journal, chers lecteurs, chère Judith, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle, irradiante Fonelle, charmante Steph’, douce Sibille, discrète Audrey et délicate Satine,
Vous ai-je déjà dit à quel point le pull en cachemire beige est un vêtement exécrable ? J’ai dû oublier de vous le mentionner lors de l’arrivée du jupon. Les évènements se bousculaient à l’époque et je ne savais plus où donner de la maille. Toujours est-il que ce satané cachemire a persécuté pendant des jours le pauvre jupon pour la simple et bonne raison qu’il ne coûtait que 4 euros et qu’un vêtement de ce prix n’avait pas à traîner près d’un vêtement de son rang. La vraie raison, mes amis, je vous le dit, c’est qu’il s’est vexé de ne point lui aller. A son arrivée, le jupon était tellement mignon que ma maîtresse voulait le porter avec tout et avec tout elle le pouvait effectivement, excepté le cachemire beige qui s’est avéré être d’une longueur trop peu flatteuse. Peu habitué à être ainsi évincé, notre ami aux poils rares s’est offusqué au point de mener une vendetta personnelle contre le jupon qui s’est vu, fort heureusement, sauvé à temps par mes soins et ceux du brave long manteau. Ce maudit beige et moi avons donc maille à partir et je le soupçonne de ne point sortir de la salle de bain par pur esprit de vengeance. Lui seul sait comment s’est déroulé la seconde rencontre de ma maîtresse avec l’homme solaire. N’allez pas croire pour autant qu’elle n’était sortie qu’en pull ce jour-là. La paire de jeans qu’elle portait est simplement trop neuve pour comprendre la belle langue française et moi, je ne parle pas chinois… Maudit beige, va ! Je n’ai cependant pas dit mon dernier mot, mes amis… Je crois en effet savoir comment avoir quelques informations sur l’homme solaire…
Si Firmin n’avait pas écrit ces mots (sous la coupe de Sam Savage, évidemment), j’aurais pu les inventer…
« Je n’ai jamais eu de courage d’un point de vue physique, ou d’une toute autre manière d’ailleurs, et j’ai toujours eu du mal à affronter la pure bêtise d’une vie ordinaire qui ne serait pas devenue une histoire, d’où ce besoin précoce de me rassurer avec l’idée ridicule que j’avais vraiment une Destinée. J’ai donc commencé à voyager, à travers l’espace et le temps, dans mes livres, à la recherche de cette Destinée. Je suis tombé sur Daniel Defoe qui m’a offert une visite guidée de Londres pendant la peste.(…)Partout dans Londres, les gens mourraient comme des rats , et les rats mourraient autant que les hommes. Après quelques heures de cette atmosphère, il m’a fallu changer d’air. Je suis donc parti en Chine où j’ai emprunté un sentier raide qui zigzaguait entre les bambous et les cyprès avant de m’asseoir un moment devant la porte ouverte d’une petite maison de montagne, en compagnie de ce bon vieux Du Fu.(…) Après ça, j’ai de nouveau filé vers l’Angleterre – enjambant océans, continents et siècles aussi facilement que je descendais du trottoir – où j’ai construit un petit feu le long d’un chemin de terre pour que cette pauvre Tess, condamnée depuis le début, arrachant des navets dans un champ balayé par le vent, puisse chauffer un peu ses mains abîmées.(…) Puis j’ai voyagé avec Marlowe à bord d’un steamer délabré dans lequel nous avons remonté un fleuve africain à la recherche d’un homme nommé Kurtz. Ca pour le retrouver, on l’a retrouvé ! Il aurait mieux valu pour nous que ça n’arrive pas, d’ailleurs. J’ai également permis à des gens de se rencontrer. J’ai invité Baudelaire sur le radeau de Jim et Huckleberry Finn. Ca lui a fait le plus grand bien. »
Mes amis, je ne sais si les mots de ce rat vous semblent aussi familiers qu’à moi mais je regrette de ne point partager mon coin de penderie avec un être tel que lui. J’aurais pu lui raconter, par exemple, que j’ai envoyé ce pâle Vronsky se perdre chez la marquise de Merteuil tandis que je poussais Madame Bovary de l’autre côté du miroir courser le lièvre de Mars. J’aurais pu lui révéler aussi que l’inspecteur Dalgliesh avait eu une courte aventure avec Gina Del Dongo par mon entremise mais à quoi bon remuer le couteau dans la plaie de ce pauvre Fabrice. Nous ne sommes que des personnages, après tout ;-)
Cher journal, chers lecteurs, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle, irradiante Fonelle, charmante Steph’, douce Sibille, discrète Audrey et délicate Satine,
Toujours pas de nouvelles du pull en cachemire mais une autre rencontre solaire me pousse à interrompre ma lecture pour vous faire part de mes sentiments. Il m’aura fallu entrer dans ma onzième année d’existence vestimentaire pour enfin rencontrer un personnage[1] qui me ressemble au point que j’aimerais entrer dans les pages du livre que je viens de découvrir pour lui parler. Il est certes moins élégant que moi, son poil est plus dur, moins doux, moins raffiné mais son esprit… Ha, mes amis, son esprit ! J’ai l’impression qu’il dégurgite sur ses pages mes propres mots, mes propres pensées, mes souffrances quant à mes différences, ces différences qui font que jamais je ne pourrai me sentir pleinement vêtement et encore moins humain. Pourtant, certains jours d’été, quand la chaleur et ma douleur atteignent leur paroxysme, j’imagine que des morceaux de chair se tricotent entre mes mailles. Je me sens pousser des bras, des jambes. Sous les coutures, des os apparaissent et je ne sais qu’en faire. Puis, ils se recouvrent de muscles et de chair et je m’élance par-delà ma modeste penderie dans le vaste monde. Je rencontre des hommes et des femmes qui ne me considèrent plus comme un objet. Ils me regardent dans mes nouveaux yeux et me parlent comme si j’étais leur égal. Ah, mes amis, quel régal ! Je peux les toucher. J’ai des mains à la place des mailles et elles peuvent se promener où bon leur semble. Je me lave quand je veux, sans pour cela être obligé de me contorsionner dans un tambour de machine à laver. Je suis libre, libre de vivre selon toutes les saisons, goûter ces mets que vous ingurgitez matin, midi et soir, découvrir les plaisirs de l’amour charnel et choisir dans quelle poubelle je finirai.
Ce n’est qu’un doux rêve que j’étreins mais qui ronge ma maille certaines nuits d’été quand dans la penderie j’étouffe à n’en plus pouvoir raisonner. Heureusement, il y a les livres… Ah, oui, les livres ! Sans eux, je ne serais qu’un vieux vêtement parmi tant d’autres.
Demain, si vous le permettez, je vous livrerais un extrait des écrits de ce Firmin.
[1] Je vous parle ici de Firmin et de son autobiographie de grignoteur de livres.
Cher journal, chers lecteurs, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle, irradiante Fonelle, charmante Steph’, douce Sibille et discrète Audrey,
Le pull beige traîne comme une âme en peine à la salle de bain. Il a le cachemire enfumé et je ne sais comment l’approcher pour avoir des nouvelles de l’homme solaire. Je guette des signes sur ma maîtresse, un petit rien dans son air qui indiquerait qu’elle a approfondi ses rapports avec lui mais rien. Elle est distante, rêveuse. Parfois, elle s’emporte puis plonge à nouveau dans le silence. Quand elle est heureuse et enthousiaste, elle parle généralement seule en esquissant des pas de danse. Là, elle ne fait pas grand-chose. L’homme n’était-il déjà plus si solaire en cette fin d’été ?

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C’est avec ce parfum* sur la peau que ma douce mais fort anxieuse maîtresse se prépare pour son rendez-vous avec l’homme solaire. De rendez-vous, il ne s’agit en fait que d’une simple formalité concernant la machine à laver. Monsieur et sa squaw (je vous parlerai d’elle très bientôt) ont décidé de s’installer dans le Sud, mademoiselle vit désormais dans un petit studio, il n’y a donc plus de place nulle part pour notre pauvre machine à laver. On ne peut pas dire que je la portais au cœur de ma maille mais elle avait la délicatesse de traiter les vieux vêtements avec le genre d’attention que vous portez généralement aux plus âgés de votre espèce. Cependant, elle n’en reste pas moins – et très certainement malgré elle – un instrument de torture. Je crois ne point me tromper en pensant qu’elle est à nous autres textiles ce que la fraise dentaire est à vos dents. Si je ne me trompe, c’est l’homme solaire qui va récupérer la garde de notre machine. Je ne peux m’empêcher d’avoir un frisson en repensant à son éclatante tunique blanche. L’idée même de la voir en boule dans la machine à laver me répugne. Et la couleur de sa peau, si raffinée, si attirante que j’aurais eu aimé – ne serait-ce qu’un instant – glisser des épaules de ma maîtresse aux bras de cet homme ! Jamais encore aucune peau de mâle de votre espèce ne m’avait fait cet effet.
Ce midi, ma maîtresse ne me portera pas. Dommage. Je sens d’ici ce parfum si inhabituel qu’elle vient de choisir dans son tiroir à échantillons. Il n’est pas très romantique mais pas pour autant dénué d’intérêt. On dit de la femme qui porte Prends Garde A Toi d’Egofacto (je ne lis pas que des romans à mes heures perdues…) qu’elle est insoumise, que rien ni personne ne saurait l’apprivoiser. Je me demande quel parfum porte un homme solaire… A votre avis ?
En tout cas, je donnerais cher pour assister ce midi à leur collision olfactive. Gageons que le cachemire beige nous racontera cette rencontre dans les moindres détails, mes amis.

Mes amis, je viens d’apprendre une nouvelle fort réjouissante : Billy a un nouveau petit frère ! Il se prénomme Cartouche et, malgré son très jeune âge, a déjà l’insolence des grands élégants.


Espérons que Florence le laissera prendre le thé dans notre penderie un de ces jours. Une cartouchière a sûrement énormément d’aventures incroyables à raconter
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Il fut un temps où ma maîtresse collectionnait les sous-vêtements de ses conquérants avec un plaisir enfantin. N’allez pas croire pour autant qu’elle était fétichiste. Elle les lavait bien scrupuleusement et ne les épinglait pas au mur comme de funestes trophées. Non, mes amis, elle les portait les jours de grande dilettante. Le reste du temps, elle les rangeait dans un sac à lingerie comme d’autres, plus jeunes mais tout autant malicieux, accumulent les barouleaux et les agates dans leurs sacs de billes. De conquérants, ces anciens amants passaient ainsi au rang de conquêtes.
Enfant déjà, elle était très forte au jeu de billes et détroussait tous les jeunes garçons de sa classe à l’exception d’un obstiné au nez retroussé. La compétition dura deux ans entre eux mais, aux dires des amies de ma maîtresse, c’est cette dernière qui finit par prendre le dessus. Elle gagna à un autre type de jeu… Elle gagna le cœur du garçon retroussé.
Avec l’âge, elle est passée du barouleau au caleçon et je dois bien vous admettre, mes chers amis, que je me suis senti plus d’une fois mal à l’aise à l’idée de partager ma penderie avec des cotonneux échancrés qui passaient leur temps à vanter les mensurations de leurs anciens maîtres. Je ne vous parle pas ici des pur coton à la coupe américaine, bien sûr. Ceux-ci avaient au moins l’élégance de la discrétion. Mais enfin ! Pensez-vous réellement qu’ils conviennent à un postérieur délicat et féminin ?
Quand monsieur est parti et que mademoiselle a recommencé sa collection d’éphémères conquérants aux appendices papillonnants, j’ai bien cru que nous allions à nouveau nous coltiner des kangourous, des américains et d’autres boxers aux entrejambes élimés – pour ne pas dire troués – dans le panier à linge. Fort heureusement, ma maîtresse s’en tient à refaire sa propre collection de lingerie et rend à l’Erectus Lepidopterus ce qu’il lui revient. A la place, elle a découvert le Boyfriend Short*…

N’est-ce pas là plus mignon sous un petit jupon ?
* Cet adorable coquin rayé provient de chez Topshop.
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Je suis confus car ma maîtresse est malade, bien malade même. Trop heureux de sentir l’automne frapper à la porte de la penderie, je suis sorti avec elle, tout goguenard mais peu précautionneux. Un virus est passé au travers de mes mailles et la voici alitée depuis quatre jours. Hier, cependant, elle s’est levée et – peu rancunière ou inconsciente de ma négligence – elle m’a à nouveau porté pour se rendre à son ancien appartement dans le centre de la ville. Il s’agissait de remettre les clés de son ancien nid d’amour au nouveau locataire des lieux. Autant vous dire que l’ambiance de la promenade n’était pas à la joie. Entre deux éternuements et quelques quintes de toux, elle a tout de même réussi à se rendre présentable et atteindre sans encombre les rues piétonnes. Il faisait cependant si chaud qu’elle a préféré m’ôter pour m’enrouler autour de ses épaules, place que j’apprécie particulièrement quand elle ne porte pas de sac à dos.
Au coin de la rue des anciens amour, nous aperçûmes un grand homme sombre qui faisait les cent pas devant l’entrée de l’immeuble. Quand je dis « sombre », je parle de la couleur de sa peau qui n’était ni chocolat ni caramel mais d’un beau noir réglisse. Vêtu d’une éclatante tunique blanche et d’un pantalon large en lin rayé beige et blanc, il irradiait sous le soleil taquin de ce début septembre. L’homme et l’astre semblaient attirés l’un par l’autre comme dans une tragédie antique. A mesure que nous approchions, je constatais – déjà subjugué – que cette attraction s’étendait aux êtres alentours qui ne pouvait s’empêcher en passant de contempler cet être solaire, hypnotisant. Ma maîtresse, elle, avait le pas empâté des gens enrhumés jusqu’aux doigts de pieds et le cœur ralenti par les médicaments mais dès qu’elle leva la tête, une chose inouïe se produisit : l’homme solaire et ma maîtresse entrèrent en collision visuelle avec la même force qu’un soleil fonçant tel un fougueux alezan sur une pâle étoile hautement inflammable. L’impact fut tel quand ils se serrèrent la main que j’ai aussitôt contracté mes manches autour du cou de ma maîtresse pour être sûr de ne pas tomber.
Avez-vous déjà reçu un tel coup de soleil, mes amis ?
Je ne m’en suis toujours remis. Quant à ma maîtresse, elle a l’œil qui brille mais je ne suis pas certain que la fièvre en soit la seule raison…


